Le billet de Philippe Mollet

Christian gagne sa vie en faisant des baptêmes de l'air en parapente sur l'un des plus beaux sites de vol libre, Roquebrune Cap Martin sur la Côte d'Azur.
Ce matin-là il est prêt à décoller, avec une jolie passagère anglaise, face à la mer d'un bleu profond.
Juste à droite, 700m en-dessous, Monaco. Au loin la Baie des Anges, le Cap d'Antibes, l'Estérel... A gauche Menton, l'Italie, les Alpes.

Un hélicoptère passe quelques kilomètres devant, un peu plus bas. Christian pense qu'il en a marre de faire le yoyo toute la journée avec son chiffon à ficelles, qu'il aurait tant aimé être pilote d'hélico, manier une machine puissante, au ras des flots, en chemisette à galons...

Dans l'Ecureuil, Yvon peste contre la secrétaire d'Heli Air Monaco.
Elle lui enchaîne les missions à un tel rythme qu'il ne peut pas suivre.
Il est en train de se faire engueuler par les clients qu'il a chargés à Vintimille et qui craignent de rater leur avion à Nice.
Depuis ce matin 7 Heures il n'a pas arrêté, même pas eu le temps de pisser et il faut qu'il reparte à Monaco prendre des VIP qu'il devine déja antipathiques.
Sur Nice Approche il entend le commandant du 747 qui arrive de New York.
Pilote de ligne !
Ca, c'est un job qui lui aurait plu ! Un gros avion, des horaires fixes, le prestige du commandant de bord sur l'équipage et les passagers admiratifs...

Dans le cockpit du gros Boeing Jacques n'est pas mécontent de son freinage.
Il a pu virer à la première bretelle, ce qui lui fait gagner 2 minutes et réduit d'autant son retard.
Mais il songe, maussade, que son métier se réduit de nos jours à des besognes peu glorieuses : respecter l'horaire et économiser le carburant en récitant pendant des heures des check-lists... Au parking il aperçoit un Mirage F1 parmi les bimoteurs d'affaire.
Ah ! Pilote de chasse !
Voila le métier qu'il aurait dû faire. L'aventure, loin de la routine, le radada, les G, le danger...

Marc est au téléphone avec sa fiancée.
"Je sais ma chérie qu'on devait passer le week-end à Paris. Mais cette saloperie m'a lâché au-dessus de la mer en rentrant de Solenzara .
Encore heureux que le réacteur ait tenu jusqu'à Nice, sinon je serais en train de barboter au milieu des poissons. Ils sont vieux ces F1, vivement qu'on reçoive les Rafales...
En plus, la semaine prochaine je pars en Afghanistan... J'en ai marre de ce boulot, j'aurais dû faire comme Michel : pilote d'essais puis spationaute ; ça c'est intéressant..."

Dans la station internationale, à quelques centaines de kilomètres au-dessus de la Terre, Michel prend sa pause.
Il est fatigué. Il dort très mal à cause de l'apesanteur et la mission scientifique à laquelle il participe est très contraignante.
Pour se changer les idées il regarde la terre par le hublot. "Tiens!" dit-il à son collègue, "on survole le sud de la France. On voit trés bien Nice... Monaco...
Oh ! C'est là que j'ai fait du vol libre, à Roquebrune Cap Martin. C'est un endroit magnifique, magique. Et je connais un type qui gagne sa vie en faisant des baptêmes en parapente. Tu t'imagines le pied ? Je te jure, il y en a qui ont de la chance..."

Adesias
Philippe Molet
Aile éphémère

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